Normandie ou plongée dans l'Histoire

Normandie ou plongée dans l'Histoire

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La rencontre de deux passions m'a permis cet été de découvrir un site de plongée original et émouvant. Pour certains, la Normandie c'est les pâturages, le casino de Deauville, les falaises d'Etretat mais c'est aussi les plages du Débarquement, le mur de l'Atlantique et les cimetières américains. Sur les traces du soldat Ryan, je me suis donc aventurée seule ( mari encore au boulot) sur les épaves du Débarquement. D'abord, il a fallu trouver une structure et réserver les plongées, ce fut fait avec le club Léo Lagrange Asnelles plongée. J'ai réussi à faire deux plongées en autonomie durant mon séjour normand ( pas facile d'être maman et plongeuse). Les deux plongées se sont déroulées sur le même site en raison de la mer un peu houleuse ; Damien, le DP, a préféré rester à l'abri et ne pas sortir trop au large. C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme...

Le site : les pontons d'Arromanches. Il s'agit d'un port artificiel créé par les Anglais, la plus grande prouesse technique du Débarquement...Pour les férus d'histoire, lire la fin de l'article...Je plonge avec un sympathique binôme local, on se promène le long d'un ponton à l'intérieur et à l'extérieur en passant par des petites ouvertures, l'ambiance est étrange, la faune nombreuse : homard, tourteaux, crabes, des dizaine d'étoiles de mer amassées, beaucoup de poissons. L'eau est à 20° en surface comme à 20 mètres, le bonheur. La visibilité est bonne. On voit également les restes d'un petit chalut , On sillonne à travers des blocs de béton, des débris métalliques, je touche l'histoire des yeux sous l'eau...Mon binôme trouve une ancre ( petite et récente), on décide de la remonter à deux, pas évident à traîner, je la prend, il porte la chaîne, on a l'air de deux bagnards...La stabilisation au palier se fait au prix d'un fort dégonflage de stab...Les plongées sont limitées à 45 minutes pour la sécurité, je remonte sur le zodiac ravie de cette première plongée normande. La deuxième plongée se passe en prenant le le ponton par l'autre sens, avec un autre binôme local sympathique, j'apprécie davantage encore le site et surtout le chalut et les barques. Il n'y a presque pas de courant malgré le vent et la houle en surface. Bref, une belle expérience de plongée, accessible dès le niveau I , même si cela nécessite, je pense, une bonne stabilisation car il y a pas mal de piques en fer, quelques filets, bref des "obstacles" qu'il vaut mieux éviter. Sinon, l'accueil au club est fort sympathique et professionnel, vestiaires, douches, café...Le local se situe à proximité du parking sur la plage d'Asnelles, plage dont peuvent profiter les accompagnants. Il y a même un manège pour les petits loups. Les sorties se font en zodiac ( mis à l'eau par un tracteur) d'une capacité d'une dizaine de plongeurs environ.

Et pour finir, un peu d'histoire...

Lors des premières journées de l'invasion, la tête de pont alliée devait à tout prix être alimentée par des quantitées considérables de matériel : armes, munitions, essence, vivres, hôpitaux de campagne, quartiers généraux avancés... Il semblait donc nécessaire de posséder un port, en eau profonde si possible pour permettre l'utilisation de navires de gros tonnage, afin de tout acheminer sur le théâtre des opérations.

Image : Construction des éléments Whales en Angleterre Construction des éléments Phenix en Angleterre.

Mais la Normandie n'offre que deux ports en eau profonde : le Havre et Cherbourg. Ces deux ports sont loins des zones de débarquement et celui de Cherbourg ne sera sous commandement allié que 8 jours après le débarquement, d'après le plan de l'assaut.

Pendant cette longue semaine, la tête de pont doit être consolidée par tous les moyens, d'où l'idée du Lord anglais Mountbatten, un prestigieux marin, responsable de la création de deux ports artificiels transportables que l'on pourrait assembler en un temps record sur deux plages de Normandie. Nom de code de l'opération :"Mulberry".

Image : Des garde-côtes Britanniques croisent devant Arromanches, épargnée par les combats Des garde-côtes Britanniques croisent devant Arromanches, épargnée par les combats.

Mountbatten, avec une poignée d'ingénieurs Anglo-américains, décide en un temps limité d'étudier le problème. Il fait fabriquer 230 énormes caissons de béton baptisés "Phenix". Assemblés les uns aux autres de manière à former un arc de cercle long de 7 km, ces caissons formant une digue protectrice contre les courants et les tempêtes.

Image : Installation des jetées permettant le déchargement du matériel de guerre Installation des jetées permettant le déchargement du matériel de guerre.

Ainsi, l'intérieur de cet arc de cercle sera aussi calme qu'un lac et les bateaux pourront venir décharger leur cargaisons sur les appontements flottants qui sont des plateformes d'accostage nommées "Whales" (baleines) en toute tranquilité et à tout moment.

Ces plateformes suivent les marées grâce à un système de pilônes situés aux quatre coins des appontements qui laissent la plateforme monter et descendre en fonction du niveau de la mer. Ainsi, les déchargement s'effectuent à toutes les heures. Ces pontons mesurent 60 mètres sur 18.

Les caissons" Phenix", de taille variable et dont les plus grands mesures 60 mètres de long et 20 mètres de haut, sont surmontés pour la plupart d'une tourelle de DCA afin de protéger le port des attaques aériennes ennemies. Les cargaisons, une fois déchargées sur les plateformes, sont transportées sur la terre ferme par des véhicules qui empruntent des jetées flottantes. Trois plateformes sont prévues, dont deux à circulation unique pour les véhicules.

Image : Eléments Phenix servant de brise-lames, surmontés d'une tourelle de DCA (Défense Contre Avions) Eléments Phenix servant de brise-lames, surmontés d'une tourelle de DCA (Défense Contre Avions).

 

Image : Eléments Phenix servant de brise-lames, surmontés d'une tourelle de DCA (Défense Contre Avions) Eléments Phenix servant de brise-lames, surmontés d'une tourelle de DCA (Défense Contre Avions).

Tous les éléments nécessaires ont été assemblés de manière à assembler deux Mulberries, l'un situé à Arromanches, l'autre à Saint-Laurent-sur-Mer. Arromanches est spécialement épargnée par les bombardements de l'artillerie navale le Jour J, et aucun débarquement ne se fera en face de cette localité afin de simplifier le travail que devra effectuer le Génie militaire pour installer les éléments du port artificiel.

Mise en place de ces ports artificiels

Les caissons "Phenix", les plateformes "Whales" et les jetées flottantes sont remorqués un à un sur la Manche. Les remorqueurs, arrivant à vue des côtes dans la matinée du 6 juin, capteront les appels et les rapports radios désastreux en provenance des soldats américains piétinant sur Omaha Beach. L'espace d'un instant, ils croiront que le débarquement est un échec.

Image : Un char Sherman rejoint la terre ferme en empruntant une des cinq jetées du port artificiel d'Arromanches Un char Sherman rejoint la terre ferme en empruntant une des cinq jetées du port artificiel d'Arromanches.

Au soir du jour J, dans la zone d'Arromanches qui est globalement à l'abri des tirs d'infanterie et des feux d'artillerie, les premiers bateaux chargés de se saborder afin de servir de brise-lames contre le courant (nom de code : "Gooseberries") arrivent en position et sont coulés les jours suivants. Puis, à Saint-Laurent-sur-Mer comme à Arromanches, les deux ports artificiels s'assemblent.

La tempête

Mais la prise de Cherbourg est plus longue que prévue et les alliés utilisent toujours les 2 ports plus de 8 jours après. Une forte tempête, le 19 juin, détruit le port de Saint-Laurent-sur-Mer qui est irréparable. Celui d'Arromanches a subit de nombreux dégats mais est facilement réparable ; il va fonctionner seul pendant un mois, déchargeant près de 10 mille tonnes de matériel par jour.

Image : Destructions causées par la tempête du 19 juin 1944 Destructions causées par la tempête du 19 juin 1944.

Le 26 juin toute résistance cesse dans la ville de Cherbourg mais des résistances sporadiques dans l'arsenal se prolongent : les combats prennent fin dans le Nord du Cotentin à partir du premier juillet, la remise des installations portuaires commence aussitôt et le premier bateau de transport Allié entre dans le port en eau profonde de Cherbourg le 17 juillet 1944.

Image : Vue aérienne du port artificiel d'Arromanches Vue aérienne du port artificiel d'Arromanches.

Pour Mountbatten et ses ingénieurs, c'est mission accomplie, et avec elle le projet le plus gigantesque et ayant demandé la plus grande prouesse technique de l'histoire du débarquement de Normandie, dont les vestiges peuvent être encore visibles de nos jours (principalement à Arromanches mais, à marée basse, également à Saint-Laurent-sur-Mer.

http://www.dday-overlord.com/

 

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Mise à jour le Mardi, 17 Août 2010 21:03  

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